Dennis Brown

Publié le par Gismo



Récemment endeuillés par le décès d’Augustus Pablo, les amateurs de reggae déplorent aujourd’hui celui de Dennis Brown, disparu un premier juillet 1999. Comme Pablo, Dennis Brown avait troqué son chalice pour une pipe à crack, dans laquelle il a fini par se noyer, à 42 ans. Superstar jamaïcaine, beau, riche et talentueux, Dennis Brown disparaît comme les junkies clochardisés des ghettos de Kingston ou de Miami, révélant l’extrême ambiguïté du reggae contemporain, qui emprunte autant à la violence urbaine des gangs (façon slakness) qu’à la culture rasta.

Rasta, Dennis Brown le fut. A la mort de Bob Marley, les Jamaïcains le désignèrent comme son successeur, lui donnant même le titre de Crown Prince of Reggae. Né à Orange Street (surnommée Beat Street), où naquit le son roots dans les années 70, Dennis Brown connut il est vrai le destin des génies. Star à 9 ans, coaché à l’époque par le grand producteur Derrick Harriott, il fit partie du Soul Syndicate, qui accompagna notamment King Tubby. L’album Freedom sounds in Dub constitue le chef-d’œuvre de cette collaboration tandis que le brillantissime 17 North Parade donne un aperçu des productions du Soul Syndicate avec quelques artistes de l’époque, rassemblés au Randy’s Studio. Dennis Brown joue avec King Curtis, Nina Simone et autres stars américaines, avec lesquels les musiciens jamaïcains partagent le goût de la soul music.

En 1969, Dennis Brown entame une carrière solo avec son premier tube, No man in an island, produit par Coxsone Dodd, dénicheur de talent et producteur phare de l’époque. Encore adolescent, Dennis Brown devient le chouchou du public grâce à sa voix douce et chaloupée, acquérant le même statut qu’un Johnny Clarke ou qu’un Gregory Isaacs. Money in my pocket, Girl I’ve got a date, Promise Land, Love and Hate, Love Has Found Its Way, Cassandra ou Some like it hot sont devenus des classiques, régulièrement repris depuis. Les Jamaïcains, eux, chantonnent constamment les morceaux du petit Prince, entre un couplet de Culture et un riddim de Sly and Robbie.

Dans les années 70, Dennis Brown rejoint le mouvement Rasta des Douze tribus d’Israël, où figurent déjà les Wailers (Bob, Peter et Bunny), Burning Spears ou encore Junior Byles et Dillinger. Sa démarche artistique s’imprègne fortement de cette évolution politique et psychologique. Portant dreadlocks et textes " culturels ", Dennis Brown produit alors les plus beaux albums de sa longue carrière (plus de 50 opus) : Words of Wisdom, Visions, So long Rastafari. Avec le We the people Band, Dennis Brown entreprend une carrière internationale qui, au cours des années 80, l’amènera à développer un reggae plus " commercial ". Alors que la jeune génération s’engageait dans un reggae numérique hard (ragga slakness) et que les yardies tombaient dans l’oubli, Dennis Brown poussait à fond la démarche du lover’s rock, miaulant des paroles glucosées sur des rythmes émoussés.

Depuis quelques années, Dennis Brown avait retrouvé un peu du souffle des seventies, surfant sur le revival rasta, enregistrant notamment avec King Jammy, l’élève surdoué de King Tubby. Prolifique, il livra cette année deux albums honorables, Tribulation et Bless me Jah (Xtrait). Simultanément, la sortie de diverses compilations de vieux succès, comme Reggae Legends volume 2 (Xtrait) ou The prime of Dennis Brown, consacrait son œuvre.

Et, puisqu’il faut une musique pour cet hommage, je vous propose de retenir celle de Words of wisdom, sans doute un des plus beaux albums de Dennis Brown, fruit de sa période roots. Enregistré en 1979 avec Sly Dunbar et Robbie Shakespeare, Words of wisdom permet d’apprécier la superbe voix de Dennis Brown dans un environnement musical impressionnant, fait de riddims accrocheurs et de cuivres percutants. Dans ces paroles de sagesse, quelques titres phares s’imposent, comme So Jah say et Black liberation, écrits par Joe Gibbs, Drifter (Walks) et, naturellement, Cassandra et Money in my pocket. L’album Visions, produit en 1978 avec la même équipe, complétera efficacement cette écoute, en lui conférant la plénitude qui sied maintenant à l’artiste.

Source de l'article

Publié dans Biographies

Commenter cet article