Word Sound Power

Publié le par Gismo

" In the begening there was the Word and the Word was Jah the Almighty. " Ces lyrics des Cimarons démontrent, s'il en était besoin, la fascination des rastas pour le langage. Au commencement était le Verbe… Les rastafariens s'inscrivent pleinement dans cette vision biblique du Verbe Créateur relatée dans la Génèse. " Wordsound is Power " profère inlassablement les aînés spirituels (elders) du culte Rastafari.
Pour la confrérie " Ethiopian Zion Coptic Church ", le Verbe Originel fait partie intégrante de leur Sainte Trinité au même titre que l'Herbe et l'Homme. Longtemps persécutée et marginalisée, la communauté rasta s'est dotée de multiples codes distinctifs : vestimentaires, capillaires, rituels, musicaux, marquant par là une appartenance communautaire. Dans cette même perspective, est progressivement apparue la langue rasta que l'on nomme sous divers termes : " Dread-Talk " ; " I-Lect " ; " Hallucigenic language" (sic) ou encore " Iyaric". Véritable cauchemar lexical pour les non-initiés, le langage rasta ne contribue certes pas à la paix des méninges... 
 

  Les raisons qui président à l'apparition de ce dialecte (ou sociolecte selon certains chercheurs) sont nombreuses. Les rastas considèrent, non sans  quelque raisons, que la langue anglaise constitue une arme de Babylone (le système politicopolicier) destinée à les maintenir dans une forme d'esclavage mental (" Emancipate yourself from mental slavery " dixit Bob Marley). A juste titre, ils s'estiment dépossédés de leur langue et en ce  sens, de leur culture. La création d'un langage rasta doit donc se comprendre comme une réponse à des siècles de désafricanisation et d'acculturation. " Rendez moi mon langage et ma culture ". Cette phrase scan-dée par Count Ossie & les Mystic Revelation of Rastafari témoigne bien d'une volonté de réappropriation culturelle. De fait, les rastas vont peu à peu s'affranchir de la langue officielle (instrument véhiculaire de l'idéologie coloniale) pour créer leur propre code linguistique. De ceux qui n'ont jamais voulu les comprendre, mieux vaut ne pas être compris…
  Au premier abord, il est vrai que la Rastalalie a de quoi surprendre. Les premiers journalistes occidentaux à interviewer Bob Marley éprouvaient les plus grandes difficultés à décrypter son phrasé ésotérique. Le langage rasta est émaillé de formules bibliques, de termes africanisants, de mots éthiopiens, de patois afrojamaïcain, de mots inconnus … Bref, pour le néophyte, le tout confine parfois à l'inintelligible. Cette rupture avec le langage imposé, donne lieu à un langage de la rupture. Ainsi, une foule de mots sont broyés par une prononciation hachée : " Them " (ils) se transforme en "Dem ", " Babylone " sera prononcé " Babilan " etc…
  D'autre part, la dimension symbolique de la langue occupe une place centrale chez les Rastas. Le recours quasi-systématique à la lettre-chiffre  I (par référence à Haïlé Sélassié I) envahit leur vocabulaire. Ils  substituent le plus souvent la première syllabe d'un mot à la lettre numérale I : " I-Tal " remplace " total " ou " vital ", " I-Ration " pour " vibration " ou " création ", " Ible " au lieu de " bible ", " Ises " pour "praises " (prières)…

Boris Lutanie

Publié dans Culture Reggae

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