La dette jamaïcaine

Publié le par RenO To Parano

Comme cela a été précisé dans l’article de Wiwi, la Jamaïque est une ancienne colonie britannique et n’accède à l’indépendance qu’en 1962.
C’est alors le Jamaican Labor Party qui dirige le pays avec une politique d’ « industrialisation par invitation », c’est-à-dire qu’ils invitent des sociétés étrangères à venir faire des affaires en Jamaïque. Le JLP gouverne le pays durant dix années sans jamais se soucier des difficultés sociales du peuple.

Mais en 1972, le People National Party accède au pouvoir avec à sa tête Michael Manley. Charismatique et proche du peuple, c’est avec une politique résolument de gauche qu’il devient Premier Ministre.
Il entreprend une réforme agraire, nationalise plusieurs compagnies importantes telles que l’électricité ou le téléphone, instaure l’égalité de salaire entre et femmes etc…
L’éducation publique reçoit 20% du budget en 1973, taux plus jamais atteint depuis. A la fin des années 1970, le taux d’alphabétisation dépasse 85 % en Jamaïque et l’île devient un modèle sur de nombreux points.

Malheureusement, le choc pétrolier de 1973 va entraver les entreprises de Manley.
La bauxite, qui est la principale richesse minière du pays, absorbe environ 30% du pétrole importé par la Jamaïque pour être transformée en alumine (exploitée pour obtenir de l’aluminium) et la facture pétrolière devient beaucoup trop importante.

Manquant de capitaux pour financer les mesures qu’il avait promises au peuple, Manley se tourne vers les USA pour obtenir un financement. En pleine Guerre Froide, les USA exigent en contrepartie la rupture de l’entente entre Cuba et la Jamaïque mais Manley refuse…

Manley se tourne alors vers le FMI (Fonds Monétaire International), dont le rôle est de financer des pays en difficultés financières en contrepartie de certaines réformes économiques, généralement ultra-libérales.
Le FMI va exiger une dévaluation du dollar jamaïcain, un gel des salaires et une réduction des dépenses publiques, étant incompatibles avec ses principes, Manley refuse ces mesures.
Les réformes piétinent. Le peuple s’impatiente. Le mouvement rasta et les chanteurs de reggae, qui avaient fortement soutenu Manley et le PNP, s’interrogent. Peu à peu, ils délaissent la politique, tandis que les gangs des ghettos, toujours liés à l’un des deux partis, plongent dans le trafic de drogue.

En 1978, la Jamaïque se tourne une nouvelles fois vers le FMI mais ce dernier exige des mesures plus drastiques encore : réduction des programmes sociaux, suppression des subventions aux produits de première nécessité, hausse des impôts ainsi qu’une liberté d’entrée et de sortie des capitaux. Cette fois, Manley plie aux exigences du FMI.
Cela entraîne la Jamaïque dans un désastre social et dès lors le pays ne peu plus atteindre les objectifs irréalistes fixés.
En 1980, Manley rompt avec le FMI mais il est trop tard puisque la CIA entamera, lors de cette année 1980, une campagne de déstabilisation du pouvoir.
Les capitaux fuient, les armes affluent et la Jamaïque est au bord de la guerre civile.

Manley, impuissant, veut redonner la parole au peuple et convoque des élections.
Cette campagne attisera la violence qui envahira les rues et fera plus de 700 morts.

Edward Seaga, adversaire principal de Manley, est un ancien représentant du FMI, un fidèle ami de Ronald Reagan et donc un partisan de la libre entreprise. Il est surnommé CIAga par les rastas de l’île.
Le PNP est écrasé, Seaga devient Premier Ministre et, comme par magie, la criminalité décroît en quelques jours, les capitaux reviennent et les touristes affluent à nouveau.
Le journal « Le Mond » parlera de coup d’Etat.

Durant les 8 années qui suivent, le sort de la Jamaïque se joue plus à New York, où se trouvent les bureaux du FMI et de la Banque Mondiale, qu’à Kingston.

En 1989, après 2 législatures Seaga, le PNP s’impose à nouveau mais Manley a bien changé, il se définit à présent en tant que socialiste pro-américain et est prêt à collaborer avec le FMI.
Il sera contraint de se retirer en 1992 des suites d’un cancer qui l’a affaibli et le vice-Premier Ministre Percival Patterson lui succède.
Dans la lignée des exigences du FMI, la politique de Patterson aggrave la dette jamaïcaine qui absorbe plus de 60% du budget du gouvernement en 2003/2004 contre seulement 9% pour l’éducation et 4% pour la santé.

En Jamaïque, un mouvement aura eu l’audace de vouloir décider par lui-même mais Manley ne resta pas fidèle à ses principes contrairement à un Allende qui paya cette fidélité de sa vie.
On peut donc voir Manley comme un symbole de la violence avec laquelle le FMI peut parvenir à imposer ses exigences.

Publié dans Culture Rasta

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obat kutil 23/11/2015 08:44

Excellent information and facts. Only real difficulty I was basically receiving was viewing the pics. No idea exactly why.

aurélie 20/04/2008 23:10

Salut ! je viens de lire un livre concernant la Jamaique (La Jamaique dans ll'étau du FMI, la dette expliqué aux amateurs de reggae, aux fumeurs de joints et aux autres de Damien Millet et François Mauger), comme je ne suis pas trop l'actualité je voudrai savoir si la dette de la Jamaique a été annulée. J'ai fait des recherches sur internet mais tout les articles dates a peu près de quatre ans. Je sais que la Norvège a anulée la dette que lui devais 5pays nottament la Jamaique mais je n'ai pas pu avoir d'autre infos.